Journée de Recherche I.P&M Mai 2012

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Transformation et Management : Articuler Intelligence et Compétences dans les Organisations

Cette Journée de Recherche est organisée en association avec l'ESDES Ecole de Management et les Facultés de Philosophie et de Sciences Humaines de l'Université Catholique de Lyon

Date :            Jeudi 10 Mai 2012                       

Lieu :             ESDES                23, Place Carnot

                                                  69286  LYON Cedex 02                   Tel. : 04-72-32-50-48

                                                  Lien sur le Site Web de l'ESDES :   http://www.esdes.fr/

Contacts :     Daniel Bonnet        bonnet.daniel@orange.fr                Mobile : 06-07-34-26-92

                     Nathalie Tessier     ntessier@univ-catolyon.fr            

                     Patricia David        pdavid@univ-catholyon.fr

Quel(s) rapport(s) entretiennent l’intelligence et la compétence dans le management ?

La place de l’intelligence est-elle suffisamment interrogée en management ?

Ces deux questions précisent le sujet, qui permettent d’en éclairer la définition et la position ([1]).

Cette Journée de Recherche pose l’articulation de la compétence et de l’intelligence dans les organisations.

S’agissant d’un concept polysémique, la notion d'intelligence est mobilisée en sciences de gestion ; mais également en économie notamment avec le concept d'intelligence économique et la recherche informationnelle, en psychanalyse, et dans d ‘autres disciplines. Dès lors, la question se pose d’interroger la définition de l’intelligence propre à chaque perspectives/disciplines. Dans la pratique, le concept d’intelligence semble devenir un nouveau marché qui interpelle également au niveau de son sens : « Lorsqu’on affronte les réalités de demain avec des idées d’hier on pratique le « management panique » qui conduit aux drames d’aujourd’hui » (Crozier et Sérieyx, 1994).

En sciences de gestion l’intelligence reste un ‘‘trou noir’’ dans le champ de la recherche. Celles-ci entretiennent un clivage épistémique entre le savoir prédéfini et la faculté toujours mobilisable de comprendre, tout au moins dans nos cultures occidentales soucieuses de contenus et de normes.  La gestion étant une science relativement nouvelle ou récente par rapport aux autres disciplines, elle  a établit un premier corpus qui s’est stabilisé et qui est normatif. A présent on interroge l’évolution et l’ouverture de ce corpus à d’autres disciplines et d’autres états dont l’émotion.

D’un point de vue psychanalytique, « nouvelle approche pour la gestion », l’articulation  de la compétence et de l’intelligence oppose le Moi aliéné par les contingences formelles de la tâche et le sujet pulsionnel se donnant l’ouverture de choix inconsciente du désir. La compétence demande seulement de saisir la pertinence de l’énoncé, tandis que l’intelligence ouvre au savoir de nouveaux possibles en se donnant la liberté de l’énonciation. A ce moment une « équilibration majorante » (Piaget) de la compétence amène l’activité à un nouveau palier de fonctionnement objectif, mais également subjectif. Il y a donc changement du traitement ET transformation du sujet. 

Dans les organisations, la demande de compétence dans le domaine du management s’est fortement développée, au point d’en devenir obsessionnelle. Elle se motive aujourd’hui dans la « technicisation » du management, notamment sur le substrat du développement des technologies organisationnelles et managériales ([2]). La compétence reste cependant une hypothèse intellectuelle formelle sur la capacité à mobiliser et à combiner des ressources (savoir, savoir-faire, savoir être), de manière efficace et dans un contexte précis, généralement contingent, pour réaliser une action, une fonction, une activité.

La compétence, demeurée dans la seule conjecture du savoir, organise la primauté de la lettre et le refoulement des pulsions. L’intelligence sollicite le développement du potentiel humain et laisse la place au sujet inventif. Aussi, les théories et pratiques managériales, qui en sont restées au stade de l’instrumentation des capacités auraient-elles  à se réformer dans leurs fondements épistémologiques mêmes. L’intelligence fait toujours surprise dans un espace « interstitiel de jeu » au-delà des conditionnements opérants de la compétence. Avec elle un désir qui ne cesse de ‘’vouloir comprendre ‘’ et ‘’étonner l’Autre’’ répond au manque structurel de l’humain. L’intelligence a une dimension sémantique implicite de complicité et de mise en bons termes entre sujets au-delà de l’organisationnel.

Piaget est à l’intelligence ce que Freud est à l’affectivité (Dolle, 1999).  Le sujet interroge la connexion de l’affectivité et les fonctions cognitives, y compris dans ses formes primitives de liaison comme l’indiquait Piaget dans ses leçons I à VI à la Sorbonne. Il fournissait deux indications éclairant l’hypothèse d’un clivage possible entre les états de la connaissance, à savoir : (1) que l’affectivité intervient sur les structures même de l’intelligence ; (2) qu’elle ne saurait toutefois les modifier. Nous pouvons considérer un certain état des conceptualisations et des pratiques en management de ce point de vue, qui ne réfute pas la nécessité des compétences. Cette position du problème peut-elle toutefois éclairer les évolutions à envisager sur le plan du management des organisations ?

Dressant les fondements d’une théorie de la pensée et du développement de la personnalité dans son œuvre (1962, 1963, 1965), Bion étudiait ce même lien entre l’affectivité, l’expérience et la connaissance. Il indiquait que l’activité de « pensée » a besoin de conditions psychiques déterminées. Les travaux de Bion ont également contribué à la connaissance de la genèse de l’intelligence. Ils ont montré que le développement de l’intelligence, et des compétences, nécessitait de solides ressources psychiques. Cependant, il a successivement retourné l’hypothèse de l’interaction entre l’affectivité et l’émergence des fonctions cognitives pour en souligner l’interactivité. Ces travaux ont montré que cette relation avait à voir avec une certaine capacité à tolérer la frustration, à la fuir ou à la modifier. Les compétences apparaissent comme une prise de forme de l’intelligence, c’est-à-dire selon la définition de Piaget, d’une adaptation au milieu.

Le concept d’intelligence reste très fractionné/en différentes formes (intelligence économique, relationnelle, émotionnelle, situationnelle, collective etc.) et ce développement d’une conception fractionnée ne favorise pas l’épanouissement de l’intelligence dans les organisations mais plutôt un asservissement des finalités d’entreprise ou à des finalités spéculatives. Les organisations n’ont pas à leur disposition des outils leur permettant de résoudre, réguler ou gérer les émotions,  les frustrations, les comportements des différents salariés/collaborateurs, d’où problème d’utiliser l’intelligence pour gérer les situations d’entreprise qui se terminent parfois de façon dramatiques.

Nous attendons de cette Journée de Recherche des contributions permettant  d’interroger les différentes perspectives. Les communications sur les concepts d’intelligence économique et informationnelle sont acceptées pour autant qu'elles s'inscrivent dans le registre de l'intelligence organisationnelle, ou plus spécifiquement qu'elles s'inscrivent bien dans la boucle itérative « information-connaissance-action ».

Plus précisément les contributions doivent permettre :

Ø  De dresser une première esquisse de l’état de l’art relatif à cet objet de recherche

Ø  D’éclairer la gouvernance sur le lien entre la pratique, la praxis et les pratiques

Ø  D’interroger le sens dans les différentes perspectives/aspects philosophiques, psychanalyses, sciences de l’éducation, gestion et management

Ø  De rassembler des communications et des réflexions à partir desquelles il pourrait être montré que le passage (ou la complémentation ?) sur l’articulation du management par les compétences au management par l’intelligence engendre un déplacement vers les aspects opératoires de la connaissance. Ce déplacement des états de la connaissance vers leur transformation par le sujet est aussi une transformation du sujet.

Ø  De faire part de retours d’expérience étayant ou non la thèse, ou à tout le moins qu’il est possible de faire bouger les lignes de la pensée en management.

La Journée de Recherche est ouverte aux chercheurs et aux praticiens (consultants, psychanalystes, psychologues, philosophes, managers…), car c’est aussi dans la rencontre et la recherche entre ces différents corps de métiers que la connaissance progresse. Nous envisagerons la valorisation dans un ouvrage collectif (# ISBN), premier tome nous espérons, d’un programme de recherche, s’inscrivant dans la continuité de la recherche sur les interstices en management (Cf. Journée de Recherche I.P&M//HuManis, EM Strasbourg, 03/12/10). Cette valorisation concernera non seulement les communications sélectionnées, mais également le partage d’expériences et les échanges au cours de cette journée.


[1] NB : Les auteurs ne sont  pas soumis aux références bibliographiques mobilisées pour définir la position du sujet.

[2] MTO (3° édition des Journées d’étude du Management des Technologies Organisationnelles, Mars 2011) propose de définir les Technologies Organisationnelles comme des composantes des dispositifs d’organisation, de gestion et de management au sein des organisations, contribuant à la mise en œuvre des stratégies.

Télécharger l'appel à Communication (.pdf)  =>   Appel à Communication Journée de Recherche I.P&M Mai 2012

Accéder à la Page =>  Organisation de la Journée de Recherche ESDES Mai 2012

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